
FATOU PARIS 2020 /CONFINE../ENTRETIEN PAR TEL
Lorsqu’elle était enfant
Elle voulait être hôtesse car son frère voulait être pilote
OU vétérinaire car son frère….
OU être formée à l’école qui a inspiré le film « Fame»
OU dentiste …
OU un métier d’art
OU gymnaste de haut niveau
Elle rêvait de partir dans les pays de l’Est
Car les gymnastes y étaient les plus forts
Elle habitait en région lyonnaise !!!!
Elle
A passé son temps
« A ne pas savoir ce qu’elle voulait faire »
dit-elle en riant
Le choix entre littéraire et scientifique
A été compliqué
Littéraire donnait accès aux carrières sociales
MAIS
« J’étais déjà un « cas social/ cassos » depuis ma naissance ou presque
Alors les soucis des autres j’avais peur de ne pas les supporter….» dit elle
Elle a pensé un temps au métier d’infirmière
Mais elle ne s’est pas présentée au dernier moment
NB sa mère aurait aimé être infirmière et les relations mère fille étaient déjà compliquées »dit elle
Au lycée, où elle suit l’option Activité sportive spécialisée, elle s’oriente en filière scientifique réputée pur ouvrir toutes les portes, ce qui l’arrange car elle ne sait toujours pas quelle orientation professionnelle choisir.
Elle redouble sa première scientifique et passe en terminal D (mathématiques/biologie)
Avec 5 de moyenne en biologie au premier trimestre, elle passe tout son temps à la bibliothèque pour progresser.
Aidée par la bienveillance de son professeur, elle remonte sa moyenne dans la matière.
ET ELLE REUSSIT SON BAC DE BIOLOGIE
Comme dès le collège
Elle dessinait avec ardeur et plaisir
Elle avait envisagé un cursus en ARTS APPLIQUES mais n’avait pas remplit son dossier.
Elle est finalement prise en BTS Assistance technique d’ingénieur
MAIS deux mois après la rentrée
« Suite à un gros clash avec ma mère …je me retrouve à la rue…. » Dit elle
Elle ne voyait plus l’intérêt de travailler
Elle était paniquée en permanence
Si ses amies ne l’avaient pas attendue au bout de la rue
Elle ne serait plus allée en cours
Elle dit n’avoir jamais été aussi cancre !
Sauf en dessin industriel, en français et en langues.
Mais elle a bénéficié de la bienveillance de ses professeurs
Elle fait un stage à l’usine ALSTOM
Où à sa grande surprise on la trouve
Compétente en électricité
Les vacances arrivent
Elle trouve cependant un job d’été in extremis
Monitrice de colonie de vacances (suite à un désistement de dernière minute)
Elle n’a pas le diplôme officiel BAFA
Mais sous la responsabilité du directeur
Accepte de partir en Italie pendant les deux mois d’été
A la rentrée
Elle remplit un dossier pour une bourse régionale
Lui permettant d’effectuer un stage de 6 mois en Allemagne
Si elle obtient son diplôme
Le jour de l’examen elle rate l’épreuve de mathématiques,
Indispensable, vues ses notes, pour tenter les autres épreuves et obtenir son BTS.
« Je savais dès le matin que j’avais raté l’examen, alors au lieu de poursuivre les épreuves, je suis allée passer l’entretien pour un petit job de serveuse
Je n’ai eu ni l’un ni l’autre : je n’ai pas pu partir en Allemagne ni travailler »
Elle souhaitait intégrer l’école de la MARTINIERE à Lyon
Qui préparait un DIPLOME SUPERIEUR D’ART APPLIQUE
NB toujours le même souhait
MAIS
Avec l’échec au BTS Assistance technique d’ingénieur,
Elle perdait sa bourse.
Et elle savait l’impossibilité (pour elle en tout cas)
De soutenir le rythme d’un BTS tout en travaillant à côté.
Cet été là
Elle n’a pas de bourse d’étude
Pas d’inscription en BTS
Pas de petit job (refus de l’employeur, qu’elle avait pourtant eu au téléphone, pour un job de serveuse car elle est noire)
Pas de logement
Elle a rendu sa chambre universitaire et
Est hébergée par les parents de son petit ami
A la rentrée
Elle partage un appartement avec quatre autres étudiants
Son petit ami lui a prêté de l’argent pour son inscription universitaire en Histoire de l’art
Elle a aimé ce passage à l’université
Même si, durant sa première année, elle a dû faire des ménages pour survivre
Ces heures de ménages avaient lieu le jeudi matin,
Juste avant son option d’Italien.
Avec le professeur il y eut un marché tacite :
Il la laissait dormir la première heure ….ET
Elle participait au cours en prenant la parole le plus possible les deux heures suivantes.
Elle a eu une excellente note…
Sur la fin de l’année scolaire, elle obtient un remplacement
Pour un poste de surveillant d’externat :
Elle financera la suite de ses études en étant pionne en collège,
Puis dans un lycée professionnel du bâtiment.
ELLE REUSSIT SA LICENCE au bout de 5 ans
Son souhait est de s’inscrire en maîtrise et de la consacrer à l’art africain,
Dans la continuité de ses cours sur les arts non occidentaux
MAIS
Elle attend un enfant
ET
Son prof d’arts africain n’étant pas habilité à être directeur de de mémoire
Elle est orientée vers un autre enseignant, mais celui-ci doit partir aux USA
Sachant qu’elle accouchera avant la fin de l’année scolaire,
Elle préfère renoncer momentanément à sa maîtrise et
S’inscrit aux cours du CNED pour devenir institutrice.
Cela lui permet de garder son statut d’étudiante,
Son poste de surveillante et donc d’avoir un congé de maternité.
Son compagnon musicien désirant élargir son horizon à Paris,
Elle pense que c’est là-bas qu’elle s’inscrira à l’université
Pour continuer sa maîtrise, une fois le bébé arrivé….
Au début de son congé de maternité,
Ils déménagent à Ivry où ils habitent une maison avec des colocataires.
Après l’accouchement, elle postule sur un poste de pionne/surveillante (à défaut de bourse d’étude)
Mais en région parisienne elle est trop diplômée pour prétendre à ce poste.
Inscrite à l’ANPE (ancêtre de Pôle emploi), elle se voit proposer un poste en internat
MAIS
Bébé a quelques mois et l’internat est impossible
Elle interrompt son cursus.
La colocation permet d’avoir un réseau :
Elle fait un bilan de compétence avec une amie (dont c’est le métier)
Elle se sent très dévalorisée,
Elle est dans une impasse
Elle tente plusieurs candidatures spontanées
Dont l’une au Musée DAPPER
Le musée devait fermer pour un an
Mais ils avaient besoin
D’un professionnel pour seconder la bibliothécaire
Dans la gestion d’une base de données
Puis petit à petit, le musée coéditant un ouvrage pour sa réouverture,
On lui a demandé de faire des relectures de texte
Puis de participer au département éditorial du musée
Des livres de littérature d’Afrique et des diasporas pour les enfants,
Puis par la suite pour les adultes
On lui a proposé de devenir médiatrice
Très vite elle est devenue polyvalente
A la fois elle organisait les relations avec les enseignants
Animant des débats avec des jeunes
Elle participait à des tables rondes
Elle imaginait des dispositifs
Pour les très jeunes enfants de maternelle
Elle représente également le musée au Burkina Faso
Au Salon international de l’artisanat d’Ouagadougou (SIAO)
Elle est finalement restée 15 ANS AU MUSEE DAPPER
C’était une structure privée
L’ouverture du musée du quai Branly
Et un décès dans l’équipe de gouvernance
Ont mis le musée Damper en difficulté
Elle est licenciée économique en 2014
(Le musée fermera ses portes en 2017)
Après une période délicate
De nouveau la question se pose
QUE VEUT-ELLE ?
Professionnaliser l’un de ses domaines de compétences,
Documentation et médiation,
Ou partir sur tout autre chose ?
Elle est attirée par des organismes
Comme l’école de la deuxième chance (E2C)
Qu’elle connaît bien pour avoir reçu en visites
Les stagiaires de plusieurs d’entre elles
MAIS
Elle s’inscrit à l’Ecole de bibliothécaires documentalistes (EBD)
La formation se déroulant sur un an en cours du soir,
Elle en profite pour effectuer trois stages :
À l’OFPRA, à l’OBSERVATOIRE DU LIVRE et à MONDADORI.
Cela lui permet de connaître divers aspects de la documentation
ET OBTIENT LE DIPLOME DE BIBLIOTHECAIRE DOCUMENTALISTE EN 2015
Son parcours devient une suite de contrats
Plus ou moins longs …..Ou courts !!!!!
Parfois juste deux mois le plus souvent 6 mois
Et toujours recommencer les CV les démarches
Elle montre une pugnacité et une curiosité professionnelle
Qui lui permettent de s’intégrer rapidement
De s’adapter à des mondes très différents
Et ne reste jamais plus de quelques semaines sans travail
ELLE REMET A JOUR SES FONCTIONNEMENTS. PERPETUELLEMENT
Elle dit « chaque fois j’acquiers des connaissances des compétences nouvelles cela m’évite de stagner, c’est déjà ça »
ACTEURS PUBLICS EN 2016 (mise à jour du journal officiel etc.)
IMAGES ETMOUVEMENTS EN 2017 (recherche sur l’orthographe pour un documentaire)
ARGUS DE LA PRESSE EN 2017 2018 (contact enquête sur les nouveaux médias)
CIDJ (centre d’informations générales pour la jeunesse)
DEPUIS 2018 TROIS CONTRATS CDD SUCCESSIFS (tous de 6 mois)
ENFIN UN CDI DANS LE MEME ORGANISME EN 2020
ET CE ….. JUSQU’ A CE JOUR …… DE CONFINEMENT
PERIODE PENDANT LAQUELLE ELLE A ACCES AU TELETRAVAIL
MAIS
Que seront les dix ans à venir ?
J’avais évoqué le terme de « galérien » mais
JE RENDS FATOU CE QUI LUI APPARTIENT …SA PAROLE
«franchement, le terme « galériens » est exagéré : hormis pour Images et mouvements où j’ai eu des CDD d’usage (que j’ai acceptés sans être vraiment obligée mais parce que les recherches m’intéressaient), ma situation n’était pas celle d’une galérienne (j’étais entourée, j’avais un appart, un conjoint qui bossait, une possibilité de respecter mes propres délais dans ma recherche afin de ne pas sauter sur le premier job venu… Et là, je garde mon salaire (puisque je télétravaille). Des galériens, j’en connais des vrais et moi je n’en suis pas, malgré tout
Suis désolée de compromettre ta conclusion, mais non, il y a vraiment trop de gens qui galèrent (le confinement nous le montre tous les jours) pour qu’il soit envisageable de dire que moi, actuellement, je galère. Ce serait indécent. »
J’entends Fatou ….Ton cri est tout à ton honneur
Mais
Saurons-nous, après cette crise sanitaire
Remettre les humains au centre des préoccupations ?
Exit le baril de pétrole et ses conséquences financières….. ?*
CONTESSE
….qui confine aussi !
Listen on:
Meet your hosts:

Mimi Contesse
Contesse